Critique de "Absalon, absalon" de William Faulkner

Lecteurs, cet article de critique « littéraire » est aussi un outil pour vous conforter dans l’idée de lire ou non le livre dont je vais parler ci-dessous. N’hésitez donc pas à signaler s’il vous a été utile ou pas; notamment en donnant une note à l’article en bas de celui-ci.

Faulkner, vainqueur par forfait… Je jette l’éponge. Ca n’arrive pas souvent, je crois que c’est la première fois, adulte, que j’abandonne vraiment une lecture. Peut-être que je m’y remettrais un jour mais je ne vois pas ce qui pourrait me motiver.

Absalon, absalon a été écrit en 1936 par l’américain William Faulkner qui a été nobélisé en 1949 pour son oeuvre. Ce roman relate la création et l’histoire d’une famille du Mississippi à la fin du XIXème siècle à l’époque de la guerre de Sécession : Thomas Sutpen, inconnu dans le village, se pointe avec esclaves et architecte pour y construire une immense plantation. Quelques années plus tard, il épouse Ellen Coldfield la fille du « Oleson du coin » qui lui donnera deux enfants, une fille Judith et un garçon Henry. La guerre de sécession pointe le bout de son nez, ravage la région et ses habitants. Les hommes de la maison survivent mais une fois la guerre finie, Henry tue le fiancé de Judith, le reste meurt dans des circonstances qui ne sont révélées que dans la partie du bouquin que je n’ai pas lue (ce que je viens de raconter est révélé dans l’introduction du livre).

Sur le papier, tout semble véritablement intéressant : une tragédie orchestrée sur un fond d’Amérique sudiste dévastée et traumatisée. D’autant moins que ce roman a été écrit par un sudiste lui-même à une époque où le racisme était encore viscéralement ancré dans les mœurs. C’est pas vraiment la petite maison dans la prairie.

Le problème c’est le style : lourdingue à mort. Les phrases ponctuées de point-virgules font en moyenne une demie-page, hachées et alambiquées au point qu’arrivé à la fin, on a oublié le début. C’est pire que du Proust : non seulement on se perd dans le récit à force de digressions mais en plus on se perd à même les phrases. Le récit de la page précédente tient du souvenir de la petite enfance ; quand on lit ce bouquin, on a l’impression d’avoir une mémoire de poisson rouge et on progresse dans le récit avec des souvenirs parcellaires de ce qu’on vient de s’enquiller et avec la désagréable impression que Faulkner radote. Arrivé à la moitié du bouquin, je suis arrivé tant bien que mal à comprendre ce qu’il a voulu dire dès le premier chapitre (le pitch plus haut).

Faut pas déconner, j’ai autre chose à faire.

Je clos le bouquin et je sors World War Z que je dois finir et reviewer avant le 20 juillet (lecture commune sur Livraddict).

Pas un avis sur ce bouquin-ci précisément mais sur un autre du même auteur : Marianne Desroziers qui donne un avis différent du style de Faulkner (et pointe du doigt un autre écrivain sudiste, Carson Mac Cullers).

覆面ねこ2。

10 comments for “Critique de "Absalon, absalon" de William Faulkner

  1. Patrick G.
    22 novembre 2011 à 16 h 59 min

    Je viens de lire votre article lapidaire sur Absalon, Absalon. Je ne vous connais pas , cher Monsieur, mais il me semble que votre culture littéraire doit se résumer à quelques livres de la collection Arlequin. Ceci étant, il est vrai, et je le concède, que la forme et le fond peuvent déconcerter un lecture habitué à un schéma classique d’écriture. Néanmoins, dire d’Absalon qu’il a un style  » lourdingue à mort » relève de l’ignomie et de pusillanisme. On peut ne pas aimer, mais de là à dire des inepties : il y a un monde. William Faulkner fait partie de ces auteurs du XXeme siècle qui ont changé la narration. Au même titre que Proust, Woolf, Joyce et Céline. Donc, un conseil réviser vos classiques ! De plus, plutôt que de tailler dans le vif sans analyses subtiles, interessez vous à l’approche sociologique qu’offre ce roman. Vous constaterez que l’auteur dépeint de manière assez tranchante l’utopie qui régnait dans les Etats du Sud des USA. Je vous renvois pour cela à la biographie de Joseph Blotner. Certes ce n’est pas Gone With the Wind. Il s’adresse, non pas à une élite, mais à des lecteurs avertis et qui ne se pavanent pas de leur « culture » à travers les hors séries de Télérama.
    En un mot, on peut ne pas aimer un auteur, une oeuvre, un roman, mais de là à écrire un commentaire « pamphlétique » qui se rapproche quasiment de l’autodafé : NON.
    Faulkner est un brillant auteur, Absalon fait partie de son panthéon de l’écriture avec Go Down Moses; Sanctuaire et Lumière d’Août.
    Conclusion, cher Monsieur, contentez vous de la bibliothèque verte.

    Ps : Je vous déconseille de lire The Sound and the Fury, As I lay Dying.

    Bonjour chez vous
    PG

    • 22 novembre 2011 à 20 h 31 min

      Bonsoir,

      Je ne vais pas essayer de me justifier ou de me trouver des excuses : vous avez tout à fait raison. Je sais que j’ai des limites intellectuelles et qu’elles sont nombreuses (outre la littérature classique…). Je lance parfois des excursions dans cet inconnu pour refaire la cartographie de ce que j’apprécie, de ce qui m’est lisible, de ce qui constitue ma culture. Mais finalement, l’essentiel pour moi n’est pas de savoir où sont situées ces frontières mais de savoir qu’elles sont mobiles et que mon espace culturel peut évoluer de temps à autre. J’ai encore quelques années devant moi pour évoluer et sortir de ma verte grotte, d’autant plus que malgré l’autodafé, Faulkner trône toujours, entier, sur ma modeste bibliothèque (entre Cervantes et Céline que j’apprécie beaucoup plus).

  2. Coriolan
    13 janvier 2013 à 13 h 31 min

    Bonjour Chassegnouf,
    Je suis en train de terminer « Absalon !, Absalon ! » et vu mon état d’épuisement au terme de cette lecture, je cherchais sur la « Toile » un commentaire qui irait dans mon sens, à savoir dans le sens inverse de celui d’une « critique unanime ». Je l’ai trouvé grâce à vous. Ouf ! Je ne suis donc pas la seule à penser que le style de Faulkner complexifie à souhait une histoire qui n’en est de toute façon pas une. Je pense d’ailleurs que l’hermétisme n’est pas la garantie – ou la preuve – du génie. Je crois néanmoins qu’il faut chercher dans l’alcoolisme de l’auteur (comme par exemple dans l’épilepsie de Dostoïevski) l’une des clefs essentielles de son système narratif et de sa pensée, lesquels – je le reconnais – comportent des moments de fulgurance intéressants. Mais voilà, en dehors de ces hautes volées, où le sens n’est pas toujours saisissable (à moins de posséder un décodeur), le lecteur – même rompu à la lecture de Proust – passe son temps à se demander s’il a bien tout compris ou s’il n’a pas tout faux et sa lecture devient une épreuve de force, voire de forcing, pas vraiment compatible avec l’idée qu’il se fait de la littérature. C’est du moins mon avis. Merci encore pour votre article. Vous m’avez rassurée…
    Bien à vous !

  3. Anonyme
    24 janvier 2013 à 10 h 58 min

    Bonjour,
    je suis une fraqnçaise qui vit en Italie et pour l’université je dois lire ce roman. Je suis désolée pour la personne qui a écrit la première réponse à cette recension, mais je suis de l’opinion de Chassegnouf, le modernisme peut etre compréhensible tpout en étant innovateur et ce n’est pas un manque de culture que de ne pas supporter les textes halambiqués et illisibles et de leur préférer Hugo, Chateaubriand ou Baudelaire. Beckett, Faulkner et autres innovateurs qui ne savent pas parler au commun des mortels peuvent recevoir tous les prix du monde, cela n’empeche qu’ils sont incompréensibles et barbans. Question de gout et pas de culture!!!
    P.S. Je demande pardon pour les accents circonflèxes qui manquent, je n’utilise pas souvent l’ordinateur et ai un clavier américain, je ne sais pas comment les mettre.

    • 25 janvier 2013 à 9 h 55 min

      Coriolan, Anonyme,

      Merci de vos témoignages, de vos messages de soutien. Je ne suis toujours pas en mesure d’apprécier pleinement le style de Faulkner mais pour autant, je ne rejette pas le commentaire acide mais cordial de M. Patrick G. : ce n’est pas parce que quelque chose nous est incompréhensible qu’il a été fait preuve pour autant d’élitisme. Par exemple, je suis biologiste et les documents techniques sont complètement inaccessibles au commun des mortels mais nous ne pouvons faire autrement pour exprimer les messages que nous voulons faire passer à nos autres collègues. Je pense qu’il en est de même pour Faulkner et compagnie qui ne peuvent s’exprimer autrement pour faire passer leur récit, leurs sentiments, etc. Nous, lecteurs moyens, pouvons encore évoluer pour revenir plus tard à ces lectures qui ont été un jour une épreuve. Nous avons tous commencé avec des lectures Arlequin ou bibliothèques verte/rose et il ne me viendrait jamais à l’idée de critiquer les gens qui en lisent en ce moment. Je préfère savoir que des gens lisent du Arlequin plutôt qu’ils ne lisent pas.

      Déjà, moi, je me lasse de la Fantasy, à part quelques classiques, je pense avoir fait le tour de ce genre et de ces codes. Je me force à lire de la littérature plus classique et ce qui était une corvée il y a quelque temps devient un plaisir (mais je ne renonce pas pour autant à les lectures divertissantes, la science-fiction, le fantastique par exemple).

      Il faut que les gens qui parcourent mes fiches de lecture et celles des autres sur le net (comme sur Babelio) que ce sont des impressions exprimées à un temps donné et qu’elles peuvent tout à fait évoluer au fil des années, au fil des relectures (je ne pense pas être aussi indulgent vis à vis de Moorcock que je l’étais quand j’étais adolescent… en fait, j’en suis tellement certain que je ne me risquerais pas à une relecture de ses oeuvres, je préfère rester sur mon émerveillement de jeunesse).

      Je pense qu’il en est de même pour tous les bouquins dont celui-ci.

      I’ll be back (mais pas de suite…)

  4. Coriolan
    26 janvier 2013 à 17 h 44 min

    Je ne pense pas partager le même avis qu’ « Anonyme ». Cela dit, je suis tout à fait du vôtre, Chassegnouf. Ne jugeons pas mais sachons tout de fois faire la différence entre un chef d’oeuvre tout aussi obscur soit-il et une imposture. De mon côté j’ai appris modestement à m’ouvrir à des lectures non évidentes. Je songe ici à Thomas Bernhard qui a véritablement « cassé » la logique narrative de la littérature allemande telle qu’un Zweig ou un Mann la pratiquait. Je songe à Proust dont je suis en train de terminer « La Recherche », oeuvre qui me terrorisait depuis toujours mais qui semblait m’attendre puisque je n’ai rien trouvé de plus ambitieux depuis. Je songe encore au « Château » de Kafka, au « Cosmos » de Gombrowicz, et à tant et tant de textes magnifiques qui résistent au lecteur paresseux mais s’offrent à celui qui s’obstine. Avec Faulkner je me suis obstinée quatre fois et, malheureusement, je n’ai pas trouvé le décodeur. J’en conclus que Faulkner n’est pas pour moi, tout simplement. Et là, je retourne pour quelques temps au polar, genre prétendument mineur, mais qui après les ténèbres faulkneriennes me fait un bien fou…
    Bonne route à vous !
    Coriolan

  5. 29 janvier 2013 à 18 h 31 min

    J’ai lu plusieurs romans de Faulkner il y sept-huit ans et je conseille chaudement ma première tentative : Commencer par “Le Bruit et la fureur“ pour débuter.

    • 29 janvier 2013 à 18 h 59 min

      Merci Mme A l’Amiable, je garde votre conseil sous le coude 🙂

  6. Tioiux
    1 août 2016 à 20 h 47 min

    Bonsoir Patrick G, Chassegnouf, Coriolan, Anonyme, Me L’amiable,
    je viens de tomber sur vos échanges, quelques années après mais il n’est jamais trop tard !
    J’ai bien tenté de lire Absalon Absalon, mais j’ai renoncé, pour moi la raison du style lourdingue du roman est simple : c’est un problème de traduction, qui rend la lecture pesante. J’ai déjà eu le cas en lisant « Mrs Dalloway » dans une édition, le texte me paraissait abominable, et j’étais très déçue, mais je l’ai racheté dans une autre traduction, et là c’était ok !
    Malheureusement Absalon Absalon n’a pas été publié dans une autre édition …
    Je ferais bien part de mes impressions à Gallimart !
    Bonne soirée
    Tioux

    • 1 août 2016 à 20 h 53 min

      Merci pour votre retour Tioux, j’en prends note. Je me suis promis de lire un maximum d’oeuvres anglophones dans leur langue originale et peut-être que ce sera le meilleur moyen de l’apprécier. Je pense surtout que j’aborderais Faulkner par une autre oeuvre avant de revenir sur Absalon. Mais je le relirais, ça ne fait aucun doute.

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