« La mélodie de Jenny » de Tsukasa Hojo

Aujourd’hui, c’est un article bien particulier que je publie sur ce blog, c’est ce qu’on appelle un publi-reportage : j’ai été rémunéré pour le faire. Rémunéré en nature. Comme vous le savez peut-être, je suis adhérent au réseau social littéraire appelé Babelio et sur ce site, il y a parfois l’occasion de recevoir un bouquin (roman, BD, etc.) en échange d’une critique. Ce genre d’opération s’appelle Masse Critique. Les règles sont celles-ci : l’éditeur nous donne un livre et nous devons en faire une critique en moins d’un mois, l’éditeur peut alors utiliser l’intégralité ou un extrait de la critique pour sa promo. Tout le monde est gagnant : le consommateur a un produit gratuit et est libre de faire une critique négative, l’éditeur (Ki-oon dans le cas présent) a du contenu réutilisable pour sa promo et une base de buzz se crée sur le web, Babelio voit son contenu (base de données de critiques) augmenter ainsi que de la promo pour le site (que je vous recommande, je dis ça gratuitement ^^).

Pour ma part, je ne suis pas fan de ce genre d’opération marketing mais le fait est que je voulais lire ce manga avant même que l’opération se monte : j’ai récemment lu le manga Gen d’Hiroshima (Barefoot Gen) qui nous narrait les difficultés rencontrées par un jeune survivant de la bombe atomique, ça m’avait particulièrement touché et je voulais lire d’autres témoignages de ce type. Comme je m’y suis engagé, je vais vous dire ce que je pense de ce manga :

Tout d’abord, l’apparence. Le manga se présente en un seul volume au petit format avec une couverture légèrement texturée. Très vite, dès les premières images, le trentenaire qui ne connaissait pas Hojo (ce qui est mon cas), reconnaitra le style des dessins animés Nicky Larson (City hunter) et de Cat’s eyes. Et avec raison ! Le trait est soigneux, les personnages très expressifs et la composition très cinématographique ce qui a tendance à rendre le tout assez immersif (à un bémol près…).

L’histoire ou plutôt les histoires puisque c’est un recueil de 3 récits : celui d’un jeune japonais qui veut devenir aviateur comme son grand-père juste au moment où les choses commencent à devenir désespérées pour l’armée japonaise. Ensuite vient le récit de jeunes qui ont été mis au vert à la campagne loin des bombardements, qui s’évadent à cause des conditions de vie et rencontrent un prisonnier américain. Le dernier récit prend place aux USA avant la guerre et s’articule autour de deux japonais qui souffrent tous les deux de l’anti-nipponisme de l’époque, prélude à la seconde guerre mondiale.

Mon sentiment sera finalement assez mitigé. Même si les dessins sont très beaux, ils ne le sont pas suffisamment pour sauver la légèreté des récits. Comprenez une chose, je ne suis vraiment pas plus fan des longues séries qui trainent en longueur comme la plupart des bandes dessinées (japonaises ou franco-belges) ou des sagas de fantasy (pourtant j’en ai bouffées…) : l’intensité s’en trouve souvent diluée au fil des tomes (c’est d’ailleurs assez vrai pour la petite série Gen d’Hiroshima). J’ai d’abord bien apprécié d’avoir affaire à un recueil de petits récits mais je trouve que ces récits sont en quelque sorte « décontextualisés », j’ai l’impression qu’il faut une certaine culture pour l’apprécier. Culture que les jeunes japonais doivent acquérir à l’école ou que ceux qui comme moi s’intéressent à la seconde guerre mondiale ont acquis autrement auparavant. Hojo a eu la bonne idée de parler de moments de la guerre qui sont assez spécifiques à la culture japonaise : la situation des expatriés et des prisonniers, le sort des enfants pendant les bombardements, le patriotisme exacerbé, etc. C’est très bien mais j’ai l’impression qu’il y a eu une dépolitisation et que les rares moments où tel ou tel aspect est critiqué, c’est fait de manière caricaturale.

L’autre critique, c’est justement le style de dessin que je trouve inapproprié : j’ai dit plus haut que les visages étaient expressifs et les scènes très dynamiques, finalement, ils le sont trop. J’ai l’impression que c’est surjoué, exagéré au point que les personnages en perdent leur humanité. Malheureusement, j’ai récemment lu « L’orme du Caucase » de Taniguchi et Utsumi qui est aussi un recueil de petites histoires. Le dessin est bien moins soigné mais les histoires sont infiniment plus touchantes que celles de « La mélodie de Jenny » alors qu’elles racontent de choses moins dramatiques. Le dernier bémol à propos du dessin, c’est le style occidentalisant des personnages, je le trouve assez déplacé dans ce recueil : les personnages ont tout simplement l’air d’occidentaux. Pour une histoire intemporelle, de la SF ou de la fantasy, ça passe c’est pittoresque mais là non, ça nuit à l’immersion.

Au final, cette lecture aura été pour moi assez anecdotique. L’opération Masse Critique, quant à elle, peut-être que je retenterai, on verra.

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