Le Chevalier-Mage de Gene Wolfe

Voisins lecteurs, cet article de critique « littéraire » est aussi un outil pour vous conforter dans l’idée de lire ou non le livre dont je vais parler ci-dessous. N’hésitez donc pas à signaler s’il vous a été utile ou pas, je peux corriger le tir 😉

Bonjour tout le monde,

J’ai clos ces derniers jours les pages du 2ème tome de ce que je considère comme un OVNI de la fantasy : le Chevalier-Mage écrit en 2004 par l’américain Gene Wolfe. Je tiens à prévenir pour ceux qui veulent se prêter à cette lecture : même si ce roman est séparé en 2 tomes (« le Chevalier » puis « le Mage »), je vous conseille de les lire d’une seule traite. Même si le 2ème tome est précédé d’une carte, d’un lexique et d’un rappel du narrateur, les évènements qui y sont relatés s’enchainent directement. J’ai lu le 2ème tome des mois après le premier et je le regrette, ne faites pas comme moi.

Le pitch : un adolescent américain va se balader dans la forêt près de chez lui ; il se retrouve, la mémoire perdue, dans un autre monde onirique dont les habitants le reconnaissent comme un autre, Able. Intimement persuadé d’avoir un destin particulier, Able s’investit d’une mission, celle de devenir chevalier. Pas un soldat possédant un bourrin, une épée et une armure, un vrai chevalier, un héros honorable à côté duquel Bohort l’Exilé (chevalier de la table ronde connu pour sa vertu) n’est qu’un rustre sans vergogne.

Ce roman relate l’ascension de Able, la rencontre avec sa promise Disiri, la quête de son épée merveilleuse, Eterne, le combat contre diverses factions et créatures merveilleuses, ses rencontres. C’est à mes yeux un OVNI dans le sens où la forme et le fond sont complètement à contre-sens de ce que j’ai pu lire jusqu’alors. La forme d’abord, le style narratif de Wolfe est bizarre, simple et direct, sincère : Able dit ce qu’il pense et pense ce qu’il dit, il tient ses promesses et agit. Tout est au premier degré, pas question pour les personnages de sous-entendre qu’il y a un sous-entendu 🙂 Tu mens, t’es chatié, tué, mis au ban (au choix). Très chevaleresque, caricaturalement chevaleresque. On croirait lire le déroulement d’une geste arthurienne : il y a la légende que tous connaissent et pensent être une édulcoration et une « magnification » des faits et il y a les faits qu’on imagine plus proche de la série Kamelot (ou de l’ambiance du Trone de Fer) que du récit mythologique. Sauf qu’ici les faits même les plus triviaux semblent tous chargés de sens et de cérémonie. On est complètement à l’opposé des récits de David Eddings qui eux approchent trop souvent l’ambiance insupportable d’un Cosby Show avec la boite à rire en fond sonore. Je dois avouer que j’aurais eu du mal à lire un 3ème tome…

Sur le fond aussi, c’est différent. Je passe sur la cosmologie originale qui semble être un croisement entre le Multivers de Moorcock et la cosmologie du Monde des ténèbres de White wolf (je vous laisse chercher sur le net). J’ai sincèrement apprécié. J’ai moins aimé le message semblant dire que seuls ceux qui sont chevaleresques et/ou aristocrates méritent le respect. Le peuple du Mythgarthr est aussi stratifié que l’est leur univers et ça ne se mélange pas : le simple doit obéissance au plus noble et rien ne saurait changer ça. Là aussi c’est très caricatural et c’est un message asséné tellement souvent qu’on se demande si ce n’est pas du bourrage de crâne de la part de l’auteur ou une ironie : comme dit au-dessus, la civilisation et l’univers de ce récit sont stratifiés de manière exagérée et Able, même s’il essaie de respecter scrupuleusement l’ordre des choses, est un électron libre qui bouleverse tout partout où il passe. Est-ce une taquinerie de Wolfe ou est-ce qu’il manque de subtilité ? Je pense qu’il faudrait que je lise d’autres œuvres de sa part…

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