Au nom de tous les miens, mes commentaires

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Au nom de tous les miens

Tourne petit article, tourne…

Maintenant que vous avez lu, voici mes commentaires.

Personnellement, je n’ai pas vécu ce harcèlement de jeunesse : même si la banlieue médocaine de Bordeaux, c’est pas le 9-3, on apprend très vite à ne pas être différent des autres. Je ne l’étais pas trop, du moins j’étais un nerd/intello en devenir et c’était déjà beaucoup trop pour ce milieu : non footeux, non pêcheur, non fumeur, non buveur (c’est venu plus tard tout ça ^^’) heureusement que j’avais des voisins gamers chez qui jouer à la console, avec qui jouer aux chevaliers/samurai, jouer aux fléchettes sur les poules, etc. Par contre, j’ai vu ce genre de harcèlement, sur un gars au collège, certes efféminé. Moi j’allais parfois aux booms, pas lui. Il se faisait harceler par certaines brutes, moi, je faisais comme les autres, je regardais passivement (et craintivement…). On va dire que j’ai été relativement épargné, j’ai eu les bons réflexes mimétiques (que j’ai toujours d’ailleurs. Aujourd’hui, quand un autre homo me croise, n’étant, de surcroit, pas d’un naturel très avenant, tout misanthrope que je suis, je parie qu’il doit plutôt craindre que je l’égorge dans une ruelle sombre que croire que j’étais le webmaster de l’asso LGBT locale…).

Pour ce qui est des sentiments qu’on ressent dans son adolescence, bien avant la sexualité et le coming-out, je le rejoins parfaitement : surtout quand il parle « d’ anesthésie affective », c’est le terme adéquat. Moi j’ai pas eu d’expérience avec des filles, même pas un baiser, et pensant être le seul homo du monde (à part l’autre que je n’ai jamais revu après le collège, il a dû finir façon Brokeback Mountain dans un fossé médocain…), on peut dire que j’ai érigé en art le concept « d’anesthésie affective », assisté en ça par des potes rôlistes qui m’ont ôté toute possibilité d’avoir une vie sociale conventionnelle (je précise « conventionnelle » parce que c’était quand même une sacrée vie sociale). Sérieux, c’était le bon temps, c’était plus simple d’être un étudiant qui jouait aux jeux de rôle. Mais avec du recul, ça n’a fait qu’aggraver les souffrances que j’ai ressenties plus tard, puisque du coup, je n’ai eu de sexualité que relativement vieux ce qui n’est pas très épanouissant. Notez que je ne regrette aucunement cette période d’innocence, je me suis beaucoup amusé (beaucoup joué et beaucoup bu aussi… « Premier vomi, premier remis ! »). En ce qui me concerne, c’est internet et le contact avec mes semblables qui a tout bouleversé suivi par la découverte du monde qui m’entourait déjà et que je ne voyais pas et enfin le coming-out qui est une histoire en soi (où on apprend que sa mère et son meilleur ami gay sortaient dans le Milieu… Le genre d’info qu’on aurait bien aimé savoir une décennie plus tôt histoire de rendre plus serein le développement psychologique du fils… Genre même jeune et innocent, j’avais un profil de redneck homophobe… -_-).

Voilà un peu de mon expérience sur le sujet (y a pas tout parce que c’est pas le sujet, le sujet, c’est la deuxième partie de l’article pré-cité).

D’ailleurs, je ne le rejoins pas totalement  : quand le Pédé parle « de l’indifférence de la majorité hétérosexuelle », mis à part les manifs de cathos, je n’ai jamais vu autant de mots de soutien, de billets de blogs, de slogans en faveur du « mariage pour tous » proférés par des hétéros. Y a pas que Facebook, comme moyen de transmission des humeurs et idées, y a aussi toute la blogosphère où les uns et les autres parlent et se renvoient des liens « pro-gay » (et je ne fréquente pas une blogosphère particulièrement « gay », ni même « progressiste de gauche »…). Y avait pas ça avant (même l’année dernière) et pour qui sait regarder, ce mouvement de fond est assez marqué/marquant. Perso, ça fait chaud au coeur.

Les homos, à part la frange militante qui se bouge aux manifs et qui partagent les actus sur le sujet, je les vois surtout se figer comme un lapin (ou un chat ^^) sur une route viticole devant les phares d’une citroën BX. Je les comprends, je vois comment je me suis fait violence, moi-même, pour aller à une petite manif de rien du tout (et si j’avais su que c’était nous la contre-manif et pas les autres, je n’y serais peut-être pas allé…). C’est de l’instinct survie (sociale), il faut actuellement être le plus lisse possible pour offrir le moins de prises aux homophobes, aux anti-mariage. Je dirais même plutôt que ce n’est plus notre combat et que la balle est dans le camp des hétéros. A nous de leur rendre cette tâche plus facile et d’éviter d’aller séquestrer des minots, manifester dans une église la bite/touffe à l’air ou provoquer une nouvelle épidémie de chtouille… Dans le fond, je suis persuadé que le combat des cathos et autres conservateurs est perdu d’avance. Ca brasse beaucoup d’air comme quand les derniers samurai se sont rebellés contre le gouvernement Meiji. Tout s’est joué en 2012 et ce serait un suicide politique pour le PS de revenir en arrière, la société française a changé et il y a trop d’exemples positifs dans les autres pays qui sont en avance (au niveau de la lutte contre l’homophobie et pour une meilleure intégration des LGBT) pour qu’on puisse observer une régression en France dans ce domaine.

Toute cette agitation n’est qu’une sorte de baroud d’honneur.

Les deschiens – le coming-out

3 comments for “Au nom de tous les miens, mes commentaires

  1. 16 janvier 2013 à 15 h 40 min

    Il y a peut-être aussi une question de génération, non?

    Quand j’étais ado (et homophobe), c’était il y a trente ans (à une vache près, d’un côté comme de l’autre) et, à l’époque, la non-hétérosexualité était très mal vue. Maintenant, on a l’impression que l’homophobie est un combat d’arrière-garde, qui ne concerne que des extrémistes religieux qui croient encore que la France devrait être une monarchie.

    • 16 janvier 2013 à 16 h 02 min

      J’aurais tendance à penser ça aussi mais au fil de mes lectures (de bouquins normaux, pas de trucs SF/fantasy ni même de trucs LGBT), je constate en filigrane que l’homophobie n’était pas forcément systématique et l’homosexualité forcément cachée.

      Récemment, un témoignage sur Arte présentait l’armée anglaise de la seconde guerre mondiale comme le milieu le plus gay de l’époque. Un Berlin des années folles qui était visiblement le plus grand lieu de débauche de l’époque, etc. ce genre de propos qui relativise la vision qu’on avait du passé.

      Si c’est une histoire de génération, je pense que c’est internet a dû influencer pas mal la donne : que l’homophobie grandit sur le terreau de l’ignorance et qu’en connectant les gens et en fournissant des informations, cette ignorance recule. Les homos acceptent plus rapidement leur homosexualité, certains hétéros se découvrent plus facilement bisexuels, ces gens se connectent, se soutiennent (et plus si affinité ^^) et finalement se visibilisent aux yeux de ceux qui ne le sont pas. Et on sort du cliché, etc.

  2. 16 janvier 2013 à 19 h 02 min

    Les Années folles et la Seconde Guerre mondiale, ça fait quand même un peu plus d’une génération (genre, deux ou trois).

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